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Mon cœur a mal...

juillet 16, 2016

Avant-hier soir, j'y étais... Et j'ai eu très peur. Je n'étais pas sur le lieu précis du massacre, mais j'ai été prise par le mouvement de foule en panique qui est soudainement arrivé vers nous. Là, tout a basculé en un quart de seconde.

Comme des milliers d'azuréens et de touristes, nous étions venus voir le feu d'artifice du 14 juillet sur notre belle Promenade des Anglais. Passer un bon moment entre amis ou en famille. La joie et la bonne humeur était au rendez-vous. Personne n'avait rien demandé...

Mais voilà que le sort en a décidé autrement. Nous amorçons tranquillement le chemin du retour, quand tout à coup, nous voyons arriver sur notre gauche une foule courant et criant, l'air paniqué. Il nous faut un temps pour comprendre, et l'on ne comprend d'ailleurs pas bien ce qui se passe malgré tout, mais un ou deux regards où se lit la peur et un « Il fonce sur nous ! » me font réaliser qu'il y a un danger et qu'il faut courir !

C'est tout ce que l'on sait à ce moment-là. Courir. Vers chez nous. (Pas à côté d'ailleurs, je n'ai jamais rejoint mon domicile à pied aussi vite !)

Nous étions avec des amis, la cohue nous sépare, nous ne partons pas dans les mêmes directions ! Je suis avec le Doudou que je ne lâche pas un seul instant, et un de nos amis. Nous apprendrons un peu plus tard que nos deux autres amis se sont réfugiés dans un restaurant qui a fermé sa grille pour protéger les gens à l'intérieur. Nous croisons des personnes en pleurs, ayant perdu leurs proches dans la foule. Ça me fait mal au cœur.

Au bout d'un moment, nous arrêtons de courir pour laisser place à une marche très rapide. J'ai peur, je ne me sens pas du tout en sécurité, nous croisons encore de temps à autre quelques personnes qui courent, mais mon ami me dit qu'il est préférable d'arrêter de courir, que ça effraye encore plus les gens, et que tout ceci n'est peut-être au final qu'une « fausse alerte », ou du moins pas si grave que ça en a l'air, peut-être simplement un gars bourré qui aurait fait peur d'une quelconque façon... en conduisant d'une manière imprudente ou en se baladant avec une arme à la main... Au vu de toutes les horreurs qui se sont passées ces derniers temps, tout le monde est à cran et peut vite paniquer sans « réelle » raison. C'est vrai. C'est possible. Néanmoins, je ne peux m'empêcher de ressentir un sentiment d'insécurité énorme. Nous ne savons rien. Nous entendons par moment des mots tels que « attentat », « bombe », « tir »... Cela vient-il de l'imaginaire des gens ou est-ce bien réel ? Je croise un ou deux véhicules sur mon chemin. Je sursaute à chaque fois. Y a-t-il un terroriste prêt à tirer à bord ? On s'imagine tout dans ces moments-là.

De retour à la maison, je veux savoir. On lit sur Internet que ce serait un camion qui a foncé sur la foule. Moi, ce qui me marque c'est : « Du sang partout et beaucoup de blessés ». Je commence à réaliser. À réaliser que j'ai réchappé à quelque chose de très grave. Je veux en savoir plus, allumer la télé, suivre les informations, mais Olivier me dit que ça sera pire pour moi, qu'en plus les premières informations, à chaud, sont souvent erronées, exagérées, non confirmées... Il me dit qu'il vaut mieux aller se coucher, en attendant de voir demain. Demain... mais c'est loin demain.

Je suis crevée mais je n'arrive pas à dormir. Et puis j'entends le corso incessant des pompiers qui ne cessera que beaucoup plus tard. Je prends du Rescue, juste au cas où, me dis-je. Je commence à cogiter. Je me dis que ce soir nous aurions pu mourir. J'imagine les pires scénarios. Je prends conscience de ce qui s'est passé, que c'était bien réel. Et puis je sens tout d'un coup un truc se passer dans mon corps. Mon cœur bat plus fort, mes membres commencent à fourmiller... N'en dites pas plus, bienvenue à la petite crise de spasmophilie ! Je me redresse dans le lit, et mon corps lâche. Tout mon corps se met à trembler et les larmes se mettent à couler. Je reprends du Rescue. Je respire profondément. Je bois de l'eau. Je me dis que ce n'est rien, le Doudou est avec moi, juste une petite crise d'angoisse. Nous sommes vivants, nous n'avons rien vu du carnage, ce n'est certainement pas moi qui suis à plaindre, oh que non ! Mais le fait est que je suis hyper sensible, donc je craque.

Et puis, 5 minutes après, encore tremblotante, les textos commencent à arriver sur mon téléphone. Il est minuit. Mes amis et proches me demanderont de mes nouvelles et me soutiendront jusque vers 3 heures du matin. Des amours. D'autant que parmi eux, il y avait l'adorable Stephie Green, que je ne connais pour le moment que virtuellement : nous ne nous sommes jamais vues ni parlé « en vrai », que ce soit en face à face ou au téléphone. Nous nous sommes seulement échangé nos numéros en décembre dernier, au cas où, lors d'un swap, ou plutôt d'un anti-swap. ;) Et depuis nous discutions uniquement sur Facebook. Comme quoi, on peut se faire de vrais amis via les réseaux sociaux. Bref, merci beaucoup pour ton soutien Stéphanie, ça m'a beaucoup touchée. Merci à tous d'avoir passé une petite partie de la nuit avec moi, ça m'a aidé à atténuer mes tremblements et à ralentir mon cœur. Je me suis sentie bien entourée. :-)

Mais j'apprends aussi par le biais de ces amis l'ampleur du drame. Je n'ai pas Internet sur mon téléphone, je ne suis pas non plus sur mon ordinateur, alors je leur demande. Je veux savoir. Et j'apprends. Déjà une soixantaine de morts... J'ai mal au cœur. Littéralement. Encore maintenant. J'ai l'impression qu'il s’est brisé en plusieurs morceaux. Je remercie le ciel pour être indemne. Moi, mais aussi mon Doudou, et mes amis. Ce n'était pas notre heure. Je pense aussi à toutes les victimes, les blessés, les personnes choquées qui en ont vu et vécu bien plus que moi, les familles endeuillées, les personnes qui sont encore sans nouvelles de leurs proches... qui étaient au mauvais endroit au mauvais moment. Merci à ma bonne étoile.

Je suis très triste et très choquée. J'ai à la fois un sentiment de réalité et d'irréalité. Comme si tout cela n'était qu'un mauvais cauchemar et que j'allais me réveiller. Mais non. Ça s'est bien produit et j'étais bien présente. Je me pince, ça fait mal. Je suis réveillée. C'est dur. Je suis la fille la plus pacifiste du monde (vous pouvez demander à tous les petits insectes en détresse que j'ai déjà sauvé dans ma vie ^^... sauf les moustiques, là c'est eux ou c’est moi, donc à choisir je préfère que ça soit eux ^^), et avoir été témoin d'un attentat, même en n'étant pas véritablement au cœur de ce terrible événement, jamais je n'y aurais cru. On se dit toujours que ça ne nous arrivera pas personnellement, que le jour où ça se produira dans notre ville (parce que ça, pour le coup, j'étais persuadée que tôt ou tard il y en aurait un à Nice), on sera bien tranquille chez soi. Comme quoi.

Et maintenant la vie doit reprendre... faire comme si...

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14 commentaires

  1. Écrire est déjà une forme de thérapie pour toi. Quand on est hyper sensible, on a l'impression de ressentir toutes la détresse des gens, que l'on vit la même horreur qu'eux. Je connais, je suis une hyper sensible. Et puis, tu y étais, même si tu n'as pas assisté directement, tu as connu le mouvement de panique donc ta réaction est tout à fait normale. Lors des attentats de Paris, un copain de ma fille se trouvait à quelques voitures d'un des restos. Il a entendu, vu la peur, l'angoisse. Il n'en a pas dormi pendant 1 semaine, et la première nuit il a préféré boire pour oublier. Je ne te connais pas, juste virtuellement par tes recettes et ton côté écolo-bio, mais de tout cœur, je te souhaite beaucoup de courage pour oublier.Belle journée. Marie

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    1. Merci infiniment Marie. Ton message me touche beaucoup. Tu ne me connais pas, en effet, mais tu m'as bien cernée. Je suis une éponge face aux sentiments, aux situations... Je prends tout en pleine face, les bonnes comme les mauvaises choses, et après faut que j'arrive à gérer ! Pas toujours facile ;) Surtout en de telles circonstances. Très belle journée à toi aussi, nous avons bien besoin de beauté dans ce monde !

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  2. C'est déjà extrêmement éprouvant derrière l'écran alors je n'imagine même pas quand on est passé si près... J'espère que l'écriture t'aura apporté un peu d'apaisement.

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    1. Je ne sais pas... Pour le moment je me sens tellement bizarre, vidée... Mais je ressentais le besoin d'écrire alors je l'ai fait...

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  3. Cela fait 5 bonnes minutes que je suis devant mon écran à vouloir mettre un commentaire sous ton article si touchant et si bien écrit... Mais que dire ? cette nuit effroyable restera dans ton esprit mais ton sourire restera, c'est sûr ! (la petite blague sur les moustiques en est la preuve). Courage à toi et à tous les gens touchés de près ou de loin.

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    1. Merci ma belle. Oui, j'essaie de mettre encore des petites touches d'humour malgré tout, pour montrer que « ça va »... Quant à mon sourire, pour l'instant, il est un peu forcé... Mais oui, il reviendra, il le faut ! Il ne faut surtout pas se laisser aller... Merci beaucoup pour ton gentil message en tout cas. :-)

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  4. On ne se connaît pas mais je te suis sur ton blog je suis nicoise et j'y étais des horreurs pleins les yeux la peur au ventre et comme j'habite au port de Nice le cauchemar continue allez courage gros bisous et on tiendra bon

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    1. Oh là là, oui, au port, c'est juste à côté... Moi je suis plus au nord. Merci et bon courage à toi également ! <3 <3

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  5. Courage ! Je suis belge mais je connais bien Nice pour y avoir été souvent étant petite et adolescente ! Courage, courage, courage !!! ♥

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    1. Merci beaucoup ! Pas facile car beaucoup de peine, de peur, peur que ça se reproduise... Mais faut faire avec !

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  6. J'étais aussi sur place ce soir là nous avons eu de la chance mon chéri et moi..Jai encore peur et j'ai pas osé retourner sur la prom :'(

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    1. Pareil... Je ne suis plus vraiment sortie de chez moi depuis ! À part une fois chez mes parents qui habitent hors de la ville, ça m'a fait du bien d'ailleurs...

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  7. Stéphanie dans la Nièvre27 juillet 2016 à 12:23

    J'ai appris l'attentat de Nice quelques jours plus tard, car isolée dans la campagne Drômoise... et de suite, c'est à vous que j'ai pensé.

    Lorsqu'on ne connaît personne sur le lieu d'une catastrophe, le ressenti est différent, bien que choquée, émue, on garde une certaine distance malgré tout. Mais le fait de connaître quelqu'un qui a pu être victime, car sur place, donne à l'évènement un autre impact, une plus forte réalité.

    Certes, je ne vous connais que virtuellement, au travers d'un écran, mais vous incarnez pour moi, de fait, tous ces gens à Nice qui ont subi, de plein fouet ou par ricochet, cette folie.

    Mes pensées vous accompagnent donc vous, et toutes les personnes touchées.

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    1. Merci infiniment pour ton message (je me permets de te tutoyer) qui me touche énormément ! Oui, en effet, le ressenti est vraiment différent selon que l'on vit le drame, que l'on connaît quelqu'un qui l'a vécu, que ça se passe loin de chez soi... Je m'en rends bien compte maintenant : ma perception de cet attentat est bien différente de celle que j'ai pu avoir pour d'autres événements de la sorte. Bien que très touchée par les autres attentats/drames ou ce que tu veux, je n'ai jamais été aussi touchée/choquée que par celui de Nice car j'y étais... Mais c'est normal et humain ! Merci encore Stéphanie et à très bientôt avec des articles plus joyeux ;)

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